
1. Signification du mot « moine ».
Être moine, c’est d’abord adopter une forme de vie.1
Le mot moine vient du grec monos, « seul ». Le moine, qu’il vive en communauté ou complètement seul, est celui qui vit à l’écart du monde pour se rapprocher davantage de Dieu.
La vie monastique est donc essentiellement contemplative. Elle vise cette recherche de Dieu incessante, dans un cadre qui puisse la soutenir, afin de mettre le plus possible en pratique cette parole de Jésus :
Veillez et priez en tout temps.
Évangile selon saint Luc, XXI, 36.
Vigilate omni tempore orantes (veillez en priant en tout temps).
Elle implique alors le célibat volontairement assumé. En effet, le célibat monastique n’est ni une fuite ni une ascèse pour elle-même : il est la conséquence d’un amour de Dieu appelé à devenir exclusif.
Mais si le moine tend vers cet amour exclusif de Dieu, ce n’est pas pour cesser d’aimer les hommes, c’est pour les aimer autrement, en les portant devant Dieu par la prière et le sacrifice. Une vie monastique qui se replierait sur elle-même cesserait d’être fidèle à sa vocation.

2. Signification du mot « ermite ».
Le mot ermite ne s’oppose pas au mot moine, mais au mot cénobite : il existe des moines vivant en communauté (les moines cénobites) et des moines vivant seuls (les moines ermites).
L’ermite est un moine qui vit dans une solitude plus grande, sans le secours de la présence immédiate d’autres moines.
Vivre seul, sans la consolation d’autrui, expose davantage ses faiblesses, mais permet aussi de devenir plus humble, plus vigilant et plus véritablement moine, c’est-à-dire seul devant Dieu.
La vie érémitique dans le Droit Canon.
Outre les instituts de vie consacrée, l’Église reconnaît la vie érémitique ou anachorétique, par laquelle des fidèles vouent leur vie à la louange de Dieu et au salut du monde dans un retrait plus strict du monde, dans le silence de la solitude, dans la prière assidue et la pénitence.
Droit canonique, Canon n° 603, § 1.
La vie érémitique dans la Règle saint Benoît.
La deuxième espèce de moine est celle des anachorètes ou ermites. Ceux-ci n’en sont plus à la simple ferveur du début dans la vie religieuse. Formés par une longue épreuve dans le monastère, ils ont appris, grâce au soutien de nombreux confrères, à lutter contre le démon. Bien exercés, ils passent de cette milice fraternelle au combat singulier du désert ; et, sûrs désormais d’eux-mêmes, sans le secours d’autrui, ils peuvent soutenir, Dieu aidant, avec leur seule main et leur seul bras, la guerre contre les vices de la chair et des pensées.
Règle de saint Benoît, chapitre I, Des diverses espèces de moines.

3. Signification du mot « bénédictin ».
Au sens large, est dit bénédictin ce qui possède un lien avec la Règle de saint Benoît. (Benoît se dit Benedictus, en latin.) On parle ainsi de moines bénédictins, d’oblats bénédictins, de vie bénédictine ou encore d’esprit bénédictin.
Saint Benoît de Nursie (né vers 480 et mort en 547) a lui-même commencé sa vie monastique dans la solitude, en se retirant comme ermite. Plus tard, il fut rejoint par des disciples désireux de mener avec lui une vie monastique commune, c’est-à-dire une vie cénobitique.
C’est pour eux qu’il rédigea une règle de vie à la fois pratique et spirituelle : la Règle des moines, que l’on appela ensuite la Règle de saint Benoît. Elle fut écrite en premier lieu pour des moines vivant en communauté, comme il l’indique lui-même à la fin du premier chapitre : « Venons-en, avec l’aide du Seigneur, à organiser le genre très solide des cénobites ».
Toutefois, au-delà de la lettre du texte, se dégage une tonalité évangélique propre, marquée par la mesure, la stabilité, le primat de la prière et la recherche incessante de Dieu.
Cet esprit bénédictin peut inspirer la vie de fidèles qui ne sont pas moines, tels que les oblats bénédictins séculiers.2
A fortiori, la Règle de saint Benoît peut donc également inspirer la vie de moines ermites. Bien plus, si elle contient de nombreux éléments liés à la vie monastique cénobitique, elle en contient suffisamment pour constituer, pour eux aussi, une règle de vie exigeante et cohérente.

4. Pourquoi « une famille spirituelle » ?
De même qu’il existe de nombreuses abbayes bénédictines, indépendantes les unes des autres, qui constituent ensemble la grande famille bénédictine — laquelle n’est pas un ordre religieux centralisé —, de même il a existé, il existe et il existera encore de nombreux moines ermites vivant selon la Règle de saint Benoît sans être liés par une structure commune.
C’est en ce sens que l’on peut parler de l’ensemble des moines ermites bénédictins comme d’une famille spirituelle : non une institution, ni une congrégation, mais une parenté spirituelle fondée sur une même forme de vie et un même esprit.
Pour approfondir : La vocation d’ermite.
Notes :
- L’appartenance à une institution n’en est qu’une conséquence éventuelle. En effet, la vie monastique est davantage une forme de vie qu’un état de vie, comme on peut le dire de l’état religieux, c’est-dire de la vie religieuse. Les religieux sont ceux qui ont prononcé des vœux de religion. Il existe des religieux qui ne sont pas moines, comme les Jésuites, par exemple. En revanche, la plupart des moines, en particulier ceux qui sont dans les monastères, sont également des religieux, dès lors qu’ils prononcent des vœux de religion. ↩︎
- Des oblats bénédictins séculiers, car il existe, au sein de certaines communautés bénédictines, des oblats bénédictins réguliers. Mais il n’y a pas lieu ici d’en parler. ↩︎
