Une chapelle sous le patronage de sainte Monique

Je trouve bizarre qu’un bénédictin veuille donner à sa chapelle le nom de sainte Monique. Je ne vois pas le rapport.

Y. D.

Un journaliste nous a envoyé récemment une série de questions intéressantes. Répondre à ces interrogations sous la forme de petits articles permettra à d’autres d’en profiter. Aujourd’hui 4 mai, fête de sainte Monique, c’est l’occasion de parler de la sainte patronne de notre chapelle.

Pourquoi avoir choisi sainte Monique ? Avant d’en donner la raison première, qui est un simple hommage à trois Monique, voici quelques pensées spirituelles sur ce choix.

Qui est sainte Monique ?

Née en Afrique du Nord dans une famille chrétienne, Monique est mariée très jeune à un notable païen de Thagaste, Patricius. Elle sera une épouse modèle pour ce mari infidèle et violent que sa douceur et son silence sous les reproches finiront par convertir. Elle a de lui trois enfants, dont le futur saint Augustin.

Veuve en 371, elle se dévoue à ce fils qui semble “mal tourner”. Tout d’abord, il vit maritalement avec une femme dont il a un fils. Mais le plus douloureux reste l’adhésion à la secte manichéenne, si opposée à la foi chrétienne. Que de larmes cet enfant coûte-t-il à sa mère. Des larmes importunes pour cet esprit libre. Pour y échapper, Augustin s’enfuit en Italie et Monique le rejoint à Milan où elle se met à l’école de l’évêque saint Ambroise.

C’est alors qu’elle a la joie immense d’assister à la conversion et au baptême du fils chéri. Désormais elle ne sera plus un reproche vivant, mais une aide et même une disciple quand s’affirmera l’ampleur intellectuelle et spirituelle du futur Père de l’Église. Un soir, à Ostie, ils ont le bonheur de partager une expérience spirituelle intense qu’Augustin n’évoquera qu’à demi-mots dans ses Confessions. Elle mourra quelques jours plus tard, mère comblée de ce fils qui l’avait tant fait pleurer.

Sainte Monique, mère de saint Augustin d’Hippone († 387)

Sainte Monique et la vie contemplative

Sainte Monique et saint Augustin forment une paire que l’on peut considérer comme une image de ce que doit être la vie d’un chrétien et la vie de l’Église. Action et prière sont les deux poumons qui font respirer l’Église. Sainte Monique a beaucoup prié pour la conversion de son fils Augustin. Celui-ci est devenu apôtre. L’un ne va pas sans l’autre. Les évêques et les prêtres ont besoin de prières pour féconder leur apostolat. Nous voyons souvent cela dans l’histoire de l’Église, à commencer par saint Étienne qui pria pour ses bourreaux lors de son martyre. Or, parmi ceux qui participèrent à sa lapidation, il y avait le futur saint Paul, apôtre des Nations.

Mais en chacun de nous, que l’on soit plus ou moins dédié par vocation à « l’action » ou à la « contemplation », il devrait se trouver à la fois une sainte Monique et un saint Augustin. L’apostolat fécond prend sa source dans la prière et la vie d’oraison. Souvenons-nous du grand classique de Dom Chautard : L’âme de tout apostolat ! Ce merveilleux petit ouvrage est un excellent livre de chevet pour tout chrétien, prêtre, religieux ou laïc.

Que l’on suive une vocation purement contemplative n’enlève pas le devoir de revêtir aussi un cœur d’apôtre. Le XXe siècle a vu nommée patronne des missions une carmélite cloîtrée : sainte Thérèse de Lisieux. Les contemplatifs motivent donc leur vie de prière par le désir du soutien des apôtres, que ce soit explicite par des intentions de prières particulières, ou implicite par le mystère de la Communion des saints.

Objecter que la seule grandeur de Dieu suffit à remplir une vie contemplative sans qu’il ait besoin de lui donner une « utilité » de « prières à l’intention de » n’est pas faux. Mais l’Église de Jésus-Christ est un corps complet et le cœur, même s’il ne réfléchit pas à son rôle et se contente de battre, n’en fait pas moins vivre le corps tout entier en permettant au membres actifs d’agir.

Les trois Monique à l’origine du patronage choisi pour notre chapelle Sainte-Monique

Ma propre mère

Ma chère Maman, qui était très active, s’appelle Monique. Comme pour beaucoup de mères, avoir un enfant qui rentre dans un monastère est difficile. Elle aurait préféré me voir rentrer dans un séminaire et suivre une vocation apostolique.

Cependant, elle a toujours accepté de bon cœur la vocation monastique de son fils et, au fil des années, elle s’est mise à aimer de plus en plus cette vie contemplative.

Ensuite, lorsque, il y a une dizaine d’années, j’ai poursuivi la vie monastique sous une forme érémitique, c’est principalement grâce à elle, qui m’a soutenu moralement et matériellement, que j’ai pu le faire.

L’église Sainte-Monique du Bardo

Un second et grand bienfaiteur de mon ermitage a passé son enfance au Bardo (un quartier de Tunis). L’église du Bardo était sous la patronage de sainte Monique.

Jean-Claude Guerguy enfant au mariage de sa tante dans l’église Sainte-Monique du Bardo

En Tunisie, sainte Monique était un patronage tout trouvé pour une église, étant donné les origines nord-africaines de cette sainte.

Sainte Monique est née vers 331 à Thagaste (en actuelle Algérie), petite ville située sur l’une des routes qui reliait Hippone à Carthage, dans la province romaine de Numidie. La future mère de saint Augustin présente donc une double identité culturelle : berbère et romaine, ou plutôt romanisée.

D’ailleurs, le nom de Monica est une adaptation latine de Monnica, l’un des nombreux noms libyques formés sur la racine Monn-. Il constitue le diminutif de Monna, nom indigène bien attesté qui provient d’une divinité locale “dont le culte est mentionné sur une inscription de Thignica”.

C’est en effet dans un monde encore majoritairement païen, où le christianisme n’est toléré que depuis l’édit de Milan publié par l’empereur Constantin en 313, que Monique a vu le jour au sein d’une famille de vieille tradition chrétienne.

Dès son enfance, elle fut confiée aux soins d’une servante âgée, dont la piété et la moralité étaient éprouvées. Aux côtés de celle-ci, elle apprit à ne pas “admettre comme agréable ce qui n’était pas honnête”.

D’après Monique d’Hippone

Après l’indépendance de la Tunisie en 1956, cette belle église Sainte-Monique du Bardo a malheureusement été mutilée (clocher ratiboisé et croix supprimée) pour devenir les locaux du Stade Tunisien.

C’est donc en hommage à cette église Sainte-Monique et en esprit de réparation pour ce lieu sacré devenu profane que nous avons mis sous le même patronage la chapelle de notre ermitage et que nous aimerions construire une nouvelle chapelle Sainte-Monique.

Mère Marie-Monique

Arrivé en France en 1956, Jean-Claude Guerguy a été fasciné par la vie contemplative lorsqu’il était enfant de chœur au Carmel d’Alançon. Lui qui, dit-il, avait tout le temps la bougeotte ne comprenait pas comment des religieuses pouvaient rester immobiles pendant des heures derrière leur grille.

En 1983, il fonda l’association Ciné Art Loisir dont l’activité principale fut d’effectuer des reportages dans des communautés religieuses à commencer par la Chartreuse de Portes. (Il était assez incroyable, d’ailleurs, à l’époque, de réussir à filmer l’intérieur d’une Chartreuse !…) Avec poésie et intuition spirituelle, il nomma cette série de reportages « Relief de France, les monastères ».

Deux critères étaient pour lui importants pour ces reportages : la vocation contemplative et l’habit religieux traditionnel. C’est ainsi qu’il connut Mère Marie-Monique, à la Visitation de Mâcon, qu’il côtoiera durant de nombreuses années.

Cette moniale visitandine lui apporta beaucoup, tout d’abord spirituellement, ensuite en lui permettant de faire des reportages dans d’autres couvents de la Visitation et, enfin, en lui offrant quelques souvenirs inestimables.

Parmi ces souvenirs, il y a un très beau crucifix, qui prendra place dans notre future chapelle Sainte-Monique, ainsi qu’une statue de sainte Jeanne de Chantal qui l’accompagnera.

Il y a surtout une magnifique statue de la sainte Vierge devenue « La Vierge aux milles lumières » et qui se trouve maintenant au centre de l’ermitage Saint-Bède.

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