La Foi s’en va

Un ami et bienfaiteur nous a partagé un extrait de La Vie Contemplative, son rôle apostolique, par un Chartreux. Ce texte plus que centenaire est, hélas !, bien prémonitoire.

Nous souhaitons à tous que cette nouvelle année 2022 nous apporte la grâce du début d’un retour vers une civilisation et une France chrétiennes.

Nous souhaitons également à tous les catholiques de ne pas se tromper d’ennemi avec des querelles et des jalousies internes mais qu’ils œuvrent — chacun selon leur grâce et leurs aptitudes —pour la gloire de Dieu et non pour leurs propres ego ou leurs propres intérêts économiques.


« La Foi s’en va ! C’est le plus terrible des malheurs ; car nul malheur n’est comparable à celui-là, parce que nul bien n’est comparable à la Foi, qui est le fondement et la racine de tous les biens. Qu’est-ce qu’un peuple sans Foi ? Qu’est- ce qu’un homme à la Foi vacillante ? Toute nation, tout homme qui a foi en sa destinée, arrive à faire quelque chose d’utile. Sans la foi en quelque chose, on ne fait rien ; l’être sans foi est un être stérile. Cela est vrai naturellement, combien plus surnaturellement ! Sans la Foi il est impossible de plaire à Dieu. (« Sine fide impossibile est placere Dei ». Hebr. XI, 6.) Tout homme, tout peuple, qui a fait quelque chose pour Dieu, l’a fait dans la mesure de sa Foi.

« La Foi s’en va !… C’est le cri triomphant des méchants, et c’est la plainte désolée des bons. En effet, les impies se font légion, les croyants se font rares. Les incrédules se targuent de leur science, les fidèles deviennent ignorants. Les ennemis de Dieu redoublent d’audace, ses amis se laissent envahir par l’hésitation. Le mal s’enhardit, le bien s’attiédit. Le blasphème et la négation s’affirment avec une audace victorieuse, les robustes et profondes convictions s’effacent.

« Il y a encore des âmes de Foi certes, mais combien leur nombre est restreint ! La masse de ce qu’on appelle les fidèles, quelle foi a-t-elle ? Hélas ! une croyance trop ignorante, une religion trop superficielle, une piété trop extérieure, faite de lambeaux de vérité et d’un amas de pratiques rituelles. Il reste une écorce, il ne reste plus assez de substance. Et c’est parce que la substance s’en va, que bons et méchants, quoique avec des sentiments différents, faisant la même constatation, poussent le même cri : « la Foi s’en va ! »

« Elle s’en va ; nous quittera-t-elle tout à fait ? Il dépend de ceux en qui l’étincelle sacrée demeure vivante, de rallumer le foyer divin. Ô âmes de Foi, j’en appelle à vous, ne permettez plus qu’on puisse dire : « la Foi s’en va ! » Oui, nous pouvons empêcher Dieu de remuer notre chandelier. (« Movebo candelabrum tuum de loco suo, nisi pœnitentiam egeris. J’enlèverai ton chandelier de son lieu, à moins que tu ne fasses pénitence. » Apoc. II, 5.) Nous pouvons conserver à notre pays la lumière sainte ; nous le pouvons et nous le devons et nous le voulons, n’est-ce pas ? de toute l’énergie de notre être.

« Conservons la Foi, ramenons la Foi : la Foi vraie et vivante, forte et féconde, sincère et pure, simple et pratique ; cette Foi robuste et puissante, qui est victorieuse de toutes les forces du monde. (« Hæc est victoria, quæ vincit mundum, fides nostra. Cette victoire qui vainc le monde, c’est notre Foi. » I. Joan. V. 4.) Conservons la Foi et ravivons-la dans les âmes qui en ont encore. Travaillons à leur redonner cette plénitude de lumière, qui leur fera voir en toutes choses leur Seigneur, cette plénitude de sentiment qui leur fera respecter tous ses droits. L’âme humaine a besoin de savoir en toutes ses voies et de ne jamais perdre de vue quel est le Seigneur qui nous a faits et qui nous régit, comment il nous a faits et comment il nous régit. Il est le Maître qui a tracé le plan de notre être suivant qu’il lui a plu, et qui dirige le travail de notre existence suivant qu’il lui plaît. Il est le Maître et nous devons suivre ses volontés et accomplir ses desseins. Et pour les suivre et les accomplir, nous devons les avoir devant les yeux. Et pour les avoir devant les yeux, il faut cette lumière de foi vivante, qui détourne notre vue des séductions de la bagatelle créée, pour la fixer pratiquement sur les yeux et les mains de notre Maître. Et non seulement nos yeux, mais notre coeur ; car il faut aimer les droits de notre Seigneur, les aimer pleinement, afin de les respecter fidèlement. Rendons aux âmes cette Foi droite et forte en leur Seigneur.

Rendons-leur la Foi en leur Dieu, leur unique tout, la fin et la consommation de leur vie. Pourquoi sommes-nous sur ce chemin de l’existence terrestre ? Pour nous y amuser ou nous y ennuyer ? Non, certes ; mais pour aller à notre Père, avec lequel nous vivrons aux siècles des siècles. Hélas ! combien on oublie le voyage du temps et le festin de l’éternité ! Ah ! les espérances de la Foi, les promesses de la Foi, les réalités éternelles, l’immortalité de la vie en Dieu !… combien ces illuminations de l’éternité s’obscurcissent dans le brouillard de la matière ! Nous sommes si plongés dans les plaisirs inférieurs ! Oh ! oui, il faut ramener les âmes aux chauds rayons du soleil divin, dissiper l’épaisseur des brouillards qui les enveloppent, leur rendre la vue de l’éternité, les ascensions du ciel. »

1 thought on “La Foi s’en va”

  1. Message vibrant, certes, pétri d’une connaissance textuelle orthodoxe et toute orientée vers le Seigneur.
    Toutefois, il y est affirmé que nous devons suivre les droits du seigneur qui nous régit tout en pontant les failles de la science insuffisante, outre les vertiges de la matérialité. La polarisation ainsi de la vie personnelle sur la volonté divine s’annonce exclusive de toute autre appartenance.
    Elle opère aussi une dichotomie peu accessible à ceux qui n’ont aucune culture qui ne peuvent pas trouver un équilibre entre les exigences quotidiennes de leur existence, et leur orientation apocalyptique.
    La pénitence est introduite ici comme un remède, une purge qui permet de revenir à la plénitude de sentiment de ralliement à la volonté et choix du Seigneur.
    Cette foi, dégagée du fatras des règles accumulées, des institutions affaiblies, où va-t’elle trouver ses appuis ? Chez qui ? Dans quelle écriture foisonnante citée par le message et qu’il va falloir retrouver par une étude passionnée dans une monstruosité de textes? Autrement dit par une culture orientée a priori.
    La foi native, abstraite, n’existe que rarement et sans argumentaire sérieux est laissée à la stérilité de l’homme seul.
    La foi réside dans le doute existentiel devant les contradictions du monde politique. La science, la grande culture toujours frontalière de la science sont des étais de choix. la vue et l’examen du monde des vanités, sa connaissance, sont des éléments nécessaires.
    Ce qui revient à dire que la foi est un élément dans l’évolution des humains et leur faculté d’associer les idées et les âges.

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