Jeûne intermittent et jeûne chrétien

On parle aujourd’hui volontiers de jeûne simplement physique, sans dimension spirituelle. Le jeûne intermittent fait partie de ces jeûnes à la mode et certains le recommandent pour la santé.

En quoi consiste le jeûne intermittent ?

Le jeûne intermittent consiste à ne prendre absolument aucune nourriture pendant un temps suffisamment long et d’absorber ensuite, durant une période journalière déterminée, le nombre de calories recommandées pour 24 h. On ne prive pas l’organisme de la quantité de nourriture dont il a besoin par jour, mais on réduit les périodes journalières durant lesquelles on prend ses repas.

Il s’agit donc d’un jeûne durant lequel on absorbe absolument aucune nourriture et durant lequel on ne boit que de l’eau (et surtout pas de boisson sucrée).

Quelle est la durée exacte ? C’est à chacun de voir selon ses habitudes, ses conditions physiques, ses obligations et aussi son lieu géographique. L’essentiel est de reposer l’organisme de toute fonction digestive pendant une période suffisamment longue pour sentir ce repos. Un bon début consiste à le faire durant 16 h comme, par exemple, depuis 20 h le soir jusqu’à 12 h le lendemain. En choisissant cet horaire, le mot déjeuner (pour le repas de midi) prend d’ailleurs toute sa signification de « dé-jeuner », c’est-à-dire de repas qui interrompt le jeûne. Mais rien n’empêche de choisir un autre horaire qui convienne mieux à son rythme de vie.

Le « jeûne » avec collations

Certains peuvent être étonnés de l’expression « jeûne durant lequel on absorbe absolument aucune nourriture », puisqu’il s’agit d’un pléonasme. Mais j’ai souvent entendu la recommandation, pour la pratique du jeûne chrétien, de ne faire qu’un seul repas par jour avec une collation le matin et une collation le soir. On réduit donc les repas plutôt que de les supprimer. Certes, la privation est l’essentiel de l’effort spirituel chrétien et ce « jeûne » avec collations, s’il comprend une réelle mortification, garde l’essentiel de l’esprit du jeûne chrétien.

Mais pourquoi ne pas rechercher aussi la lettre dans le jeûne, d’autant plus que les anciens le faisaient ? Avons-nous des constitutions plus faibles qu’autrefois ? Sûrement. Le jeûne intermittent ne permet-il pas alors à la fois de se priver et de s’adapter à nos santés plus fragiles, s’il en est besoin ?

Adopter en chrétien le jeûne intermittent

Autrefois tous les chrétiens jeûnaient durant tout le Carême. Aujourd’hui, dans l’Église catholique, seuls sont obligatoires les jeûnes du Mercredi des Cendres et du Vendredi Saint.

Comment garder l’esprit du Carême en réduisant le jeûne à deux jours par an ? Cela n’est pas impossible en choisissant des « efforts de Carême » ; mais n’est-il pas plus facile de garder cet esprit en pratiquant réellement le jeûne physique ?

Il ne s’agit pas de faire la grève de la faim (ce qui est peut être très dangereux pour la santé) ni non plus de vouloir égaler le jeûne exceptionnel de Notre-Seigneur Jésus-Christ au désert (qui n’a d’ailleurs pas travaillé durant ces quarante jours, alors que le commun des mortels est bien obligé de travailler durant le temps du Carême).

Enfin, cela n’empêche pas d’avoir d’autres résolutions de Carême, mais celles-ci seront surélevées par le dynamisme de ce vrai jeûne physique.

Pour un chrétien, le jeûne intermittent ne permet-il pas donc d’allier à la fois l’esprit et la lettre du jeûne ?

Vous verrez : essayer, c’est adopter !

Pratiquer le jeûne intermittent durant tout le Carême

Si l’on veut tenir durant tout le Carême, il revient à chacun de choisir une durée de jeûne intermittent qui permet de ressentir une privation tout en gardant la force de persévérer jusqu’au bout. En effet, si la résolution doit durer seulement trois jours, ce n’est pas la peine d’essayer. Car attention, comme tout sevrage, ce sont les premiers jours qui sont difficiles.

Le désir de faire pénitence, celui de s’unir aux souffrances rédemptrices de Jésus-Christ et la perspective d’une belle fête de Pâques où l’on parvient l’âme en paix parce que l’on a fait des efforts, tout cela nous aide à tenir bon, à nous donner une motivation supérieure et ne pas nous décourager.

Le bien-être physique ressenti par le jeûne intermittent peut encourager également. Cela n’enlève rien à la valeur spirituelle de l’effort si la fin ultime de nos actions reste l’amour de Dieu et le salut des âmes. Comme on le sait, avoir des fins secondaires n’enlève rien à la grandeur de la fin ultime si celle-ci demeure supérieure.

Personnellement, j’étais sujet à des colites fréquentes. Le jeûne intermittent m’a complètement guéri de ces douleurs. Et cela m’a donc bien encouragé.

Valait-il mieux continuer à souffrir ? La mortification chrétienne ne consiste pas à se faire du mal comme finalité principale (cela s’appelle du masochisme) mais elle consiste, d’une part, à accepter de bon cœur les douleurs que l’on ne peut pas éviter et, d’autre part, à ne pas accorder à notre nature déchue toutes les satisfactions qu’elle réclame afin de garder de la vigueur spirituelle et de la faire grandir.

Pour continuer sur mon expérience personnelle, lorsque je pratiquais le « jeûne » avec collations (comme par exemple de prendre un café sucré, une pomme et un morceau de pain à la collation du matin), les colites ne faisaient que s’amplifier, j’avais mal au ventre toute la matinée et étais obsédé à la pensée de manger pour me soulager au lieu d’avoir l’esprit plus libre. Le jeûne à l’eau m’a été difficile au début, surtout à l’heure où j’avais l’habitude de prendre un petit-déjeuner (cela ressemble à un petit sevrage), mais ensuite une fois que mon système digestif était vraiment au repos, il m’est arrivé souvent d’arriver à l’heure du déjeuner sans même avoir faim. Cela n’a rien d’un exploit. Beaucoup de personnes font de même. L’essentiel est d’essayer, durant le Carême, de faire un peu plus que ce que l’on fait habituellement le reste de l’année.

Avez-vous vous-même une expérience de jeûne qui pourrait être utile aux autres ? N’hésitez pas à en parler dans les commentaires !

Le jeûne chez les moines bénédictins

Comment les Bénédictins pratiquent-ils le jeûne ? Cela dépend des communautés.

La Règle de saint Benoît est assez simple : le jeûne intermittent est normalement perpétuel. En effet, il n’est pas prévu dans la Règle de petit-déjeuner : les moines ne prennent jamais plus de deux repas par jour.

Depuis la sainte Pâque jusqu’à la Pentecôte, que les frères se restaurent après Sexte (ad Sextam reficiant) et soupent le soir (sera cenent).

Depuis la Pentecôte, au cours de tout l’été, si les moines n’ont pas de travaux dans les champs ou si la chaleur excessive de l’été ne les incommode pas, ils jeûneront (jejunent) le mercredi et le vendredi jusqu’à None (usque ad Nonam) ; les autres jours, qu’ils déjeunent après Sexte (ad Sextam prandeant).
S’ils ont des travaux dans les champs ou si la chaleur de l’été est trop forte, cette sixième heure sera maintenue pour le déjeuner (quæ prandii sexta continuanda erit). Il revient à l’abbé d’y pourvoir. Et c’est ainsi qu’il doit tempérer et disposer toute chose, en sorte que les âmes se sauvent et que les frères fassent ce qu’ils ont à faire sans murmure légitime.

Depuis le 14 septembre jusqu’au commencement du Carême, qu’ils se restaurent toujours après None (ad Nonam semper reficiant).

Mais pendant le Carême jusqu’à Pâques, qu’ils se restaurent après les Vêpres (ad Vesperam reficiant).
L’heure des Vêpres sera cependant célébrée de façon que ceux qui se restaurent n’aient pas besoin de la lumière d’une lampe, mais que tout soit achevé avec encore la lumière du jour.
D’ailleurs, en tout temps, que ce soit pour le souper (cena) ou pour l’heure de la réfection (refectionis hora), on fera en sorte que tout se fasse à la clarté du jour.

Saint Benoît, La Règle des moines, chap. 41.

En résumé :

  • le jeûne intermittent est pratiqué de manière plus ou moins longue selon les périodes de l’année,
  • la pénitence consiste à reculer l’heure du déjeuner et donc à augmenter la durée du jeûne intermittent,
  • durant toute l’année, sauf pendant le Carême, il y a seulement deux repas,
  • pendant le Carême, le jeûne intermittent est prolongé jusqu’au soir de telle sorte qu’il n’y a plus qu’un seul repas par jour au lieu de deux,
  • l’heure des Vêpres est réglée, selon les saisons, en sorte d’avoir le temps de souper (ou, durant le Carême, de déjeuner) avant le coucher du soleil.

Nihil novi sub sole !


Une petite note en passant pour mieux comprendre le texte de la Règle. Pour les Romains, la « sixième heure du jour » indique le milieu de la journée (midi). Mais, par rapport à notre manière moderne de compter les heures (égales en toute saison), la « neuvième heure du jour », elle, varie. En gros, le 21 juin, cela correspond à 12 h + 3 x 1 h 20 (donc à 16 h, heure solaire) et, le 21 décembre, cela correspond à 12 h + 3 x 40 mn (donc à 14 h, heure solaire). Or, comme saint Benoît dit ailleurs que l’on doit avancer « l’heure de None » par rapport à « la neuvième heure » de la journée, lorsqu’il dit, dans le deuxième et le troisième paragraphes de ce chapitre 41, que l’on déjeune « à None » (sous-entendu après None) et non « à la neuvième heure », il semblerait plutôt désigner en gros 14 h. Tout ça pour dire que, dans ce cas, il rallongerait le jeûne intermittent plutôt de 2 h et non pas de 4 h (en été).

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